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La mauvaise passe

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Dans le contexte actuel marqué par l'instabilité du secteur de l'enseignement supérieur et du marché de l'emploi, la question de l'orientation scolaire revêt toute son importance. D'une année à l'autre, la donne change en matière d'offres et de demandes, et c'est la capacité des établissements scolaires à mettre l'élève au fait de ces changements qui est en question.

Il est bien révolu le temps où l'institution scolaire se contentait de former et d'apporter des éléments de savoir au mépris de la réalité socio-économique et des contraintes de la période post-école. Aujourd'hui, l'on est plus que jamais conscients de l'impératif de mettre l'école au diapason avec les changements qui s'opèrent extra muros et de jeter les passerelles de communication et de collaboration entre l'institution scolaire et son environnement. C'est, en effet, le propre de l'orientation scolaire.Y a-t-il suffisamment de conseillers en orientation au Maroc ? C'est la question élémentaire à poser. A l'échelle nationale, ces professionnels d'orientation sont une denrée rare. La région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër ne déroge pas à cette règle, selon Hassan El Hani, chef de la division de la Carte scolaire d'information et d'orientation à l'Académie régionale d'Education et de Formation de Rabat-Salé- Zemmour-Zaër.«En tout, les 216 établissements scolaires publics de la région comptent quelque 92 conseillers en orientation, ce qui correspond à peu près à deux écoles par conseiller», précise M. El Hani. Cela donne lieu à un faible taux d'encadrement, sachant qu'en moyenne, un établissement scolaire accueille près de 2.500 élèves.Cette situation est appelée à s'améliorer dans les années à venir, rassure M. El Hani. «Doter chaque établissement scolaire d'un conseiller en orientation est l'objectif visé à court terme», affirme ce responsable. Concrètement, le plan d'urgence de l'éducation nationale 2009-2012 prévoit de porter l'effectif des conseillers en orientation au niveau national de 804 à 1804 à l'horizon 2012. A la même échéance, le nombre moyen d'élèves par conseiller devra diminuer sensiblement pour passer de 2.621 à 1.517. Le tout s'insère dans un projet global de refonte du système d'information et d'aide à l'orientation qui a été d'ores et déjà amorcé par le ministère de tutelle. En attendant que ce projet porte ses fruits, ce sont les élèves de l'enseignement secondaire qui pâtissent en premier lieu des défaillances de l'actuel système d'orientation. A évoquer la question de l'orientation, Nabila, élève dans un lycée à Rabat ne cache pas son insatisfaction : «C'est la misère », martèle Nabila avant de s'expliquer : «notre conseillère en orientation est souvent indisponible et son bureau est fermé la plupart du temps. Figurez-vous que, depuis le début de cette année scolaire, on n'a eu droit qu'à une seule séance d'orientation. Ce n'est que vers la fin de l'année que les choses bougent quelque peu ». Le constat de Nabila touche, en effet, la corde sensible. C'est que, dans bon nombre d'établissements marocains, l'orientation scolaire est en passe de devenir une pratique saisonnière liée à une période bien précise de l'année, normalement celle qui marque le passage de l'élève d'un niveau à un autre. Ordinairement, ce sont les élèves des classes terminales (3e année du collège et 2e année du baccalauréat) qui sont dans le collimateur des conseillers en orientation. Cet état de fait est contradictoire avec l'essence même de l'orientation scolaire, définie comme un long processus de maturation ayant pour finalité d'aider l'élève à construire son propre projet personnel d'études et, par la suite, d'emploi. « Le rôle de l'orientation scolaire ne se réduit pas à fournir des éléments d'information sur les études et les métiers. Au-delà, cette action pédagogique a une dimension psychologique qui consiste à aider l'élève à mieux se connaître et à développer un savoir-faire lui permettant de porter des choix estudiantins et professionnels bien fondés et d'élaborer sciemment son projet d'avenir», affirme Houda Hajib El Bouâamri, conseillère en orientation. Certes, la mise sur pied d'un tel projet nécessite l'investissement de l'élève et du conseiller en orientation dès les premières années de l'enseignement collégial. Le plan d'urgence de l'éducation nationale pour 2009-2012 n'a pas perdu de vue cet impératif. Selon ses dispositions, l'orientation scolaire des élèves va s'opérer dorénavant à partir de la première année du collège à travers l'animation de séances d'information et d'aide à l'orientation. Si elle arrive à être appliquée systématiquement dans tous les établissements scolaires, cette mesure doit marquer une rupture avec la pratique courante qui tend à faire de l'orientation scolaire un travail de dernière minute. A côté de la durabilité du travail d'orientation, la question de la qualité se pose avec acuité. Il s'agit de savoir dans quelle mesure l'information, véhiculée par les conseillers en orientation, reflète-t-elle les changements dans le paysage de l'enseignement supérieur et du marché de l'emploi. En d'autres termes, les conseillers en orientation sont-ils à jour dans ces deux domaines ? Inspirée de son cas personnel, Dounia, une autre élève en tronc commun dit un non catégorique. « On nous répète les mêmes informations d'une séance à l'autre, il n'y a pas du nouveau. On n'apprend rien sur les nouvelles écoles qui présentent de bons débouchés, ce qui fait que les horizons restent très limités pour nous», assure cette jeune étudiante et de conclure que «personnellement, je ne me considère pas encore en mesure de trancher dans mon avenir estudiantin, car je suis tout simplement mal orientée ». Dans cet état de fait, il ne faut pas faire peser le blâme sur le conseiller en orientation, laisse entendre M. El Hani. « Pour avoir un conseiller en orientation éclairé et bien averti, il est indispensable de mettre à sa disposition tous les outils de travail nécessaires, depuis le téléphone et l'Internet jusqu'aux moyens de transport lui permettant de se rendre aux locaux des établissements de l'enseignement supérieur et des entreprises pour se renseigner sur leurs offres. A mon sens, c'est là où le bât blesse», fait-il remarquer. Chercher les nouveautés en matière d'offres d'études et d'emploi est une tâche qui incombe en premier lieu à l'élève lui-même qui est le pivot de toute action d'orientation. C'est ce qu'indique Bochaib Lemghari, inspecteur et coordonnateur régional en orientation scolaire. «Il est temps de sortir du modèle selon lequel l'élève reçoit passivement l'information véhiculée par le conseiller en orientation. Désormais, c'est à l'élève de prendre l'initiative, d'aller à la recherche de l'information et de porter la responsabilité de son projet personnel», affirme ce professionnel d'orientation et homme de terrain. Dans cet esprit, il fait savoir qu'en application du plan d'urgence 2009-2012, des visites et des stages seront organisés régulièrement aux entreprises de la région au profit des élèves les plus brillants de l'enseignement collégial. Objectif déclaré : les initier au monde du travail et les mettre au courant des nouveautés en ce qui concerne les exigences du marché, les secteurs employeurs et les profils recherchés.Somme toute, l'orientation scolaire dans la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër bénéficie actuellement d'une dynamique qui ne se démentit pas. En atteste la multiplication des forums de l'étudiant qui représentent un espace privilégié d'interaction entre les élèves et les établissements de l'enseignement supérieur. Il en va de même pour les campagnes d'orientation (Kafilat Attaoujih) menées dans les collèges et les lycées et les journées portes ouvertes organisées au sein des universités et écoles supérieures. Des initiatives salutaires certes, mais qui gagneraient à être généralisées à tous les établissements scolaires de la région.Journées d'orientation scolaire et universitaireL'orientation scolaire a tenu sa grand-messe à Rabat en février précédent. La 14e édition des journées d'orientation scolaire et universitaire a été organisée à l'initiative de l'hebdomadaire spécialisé dans les questions éducatives et pédagogiques « Orientation Carrefour » en collaboration avec l'Académie régionale d'Education et de Formation de Rabat-Salé-Zemmour- Zaër. 30.000 étudiants de l'enseignement public et privé, tous cycles confondus, ont pris part à ce grand rendez-vous d'orientation qui a rassemblé un large éventail d'institutions de l'enseignement supérieur et un parterre de cadres pédagogiques et de conseillers en orientation. Selon Mustapha El Fayeq, directeur de publication de l'hebdomadaire «Orientation Carrefour » et président du comité d'organisation de cette édition, les journées d'orientation sont organisées dans toutes les régions du Maroc et visent à établir le contact entre les élèves et les étudiants et les acteurs dans les domaines d'éducation, de formation et d'emploi, à travers les réunions individuelles et les tables rondes organisées en marge de cette manifestation.----------------------------------------------------------------------------Questions à: Hassan El Hani • Chef de la division de la carte scolaire d'information et d'orientation à l'AREF de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër.«Le plan d'action 2009-2012 engage un projet de refonte du système d'Information et d'orientation scolaire»• Les services d'orientation scolaire ne sont pas généralisés à tous les établissements scolaires de la région. Pourquoi ?D'abord, il faut savoir que le système d'information et d'aide à l'orientation implique plusieurs instances. Au niveau de l'Académie, c'est le Centre de Consultation et d'Orientation qui regroupe l'ensemble des conseillers en orientation de la région et qui se charge de coordonner les actions dans ce domaine. Il y a aussi le Centre d'Orientation de l'Etudiant fusionné récemment avec notre Académie. Viennent ensuite les établissements scolaires qui disposent en moyenne d'un conseiller pour deux à trois établissements. Il en résulte malheureusement un taux d'encadrement faible, eu égard surtout à la surpopulation que connaît bon nombre de collèges et lycées où le nombre des élèves peut arriver jusqu'à 2.500. Mais je peux vous assurer que cette situation ne va pas perdurer. L'orientation générale fixée par le plan d'action de l'éducation nationale 2009-2012 est de doter chaque établissement scolaire d'un conseiller en orientation.• Quelles sont les autres mesures prévues par le plan d'action pour sortir l'orientation scolaire de l'impasse ?Le plan d'action 2009-2012 engage un projet de refonte du système d'Information et d'Orientation scolaire. Parmi les grands traits de ce projet, je souligne la création d'un guichet unique d'orientation mis à la disposition de l'élève au niveau de chaque région. Ce guichet unique a le mérite de réunir tous les intervenants en matière d'orientation et d'éviter à l'élève la déperdition entre plusieurs instances spécialisées. Il va être procédé en vertu du même plan d'urgence à l'organisation de visites de terrain et de stages à l'intention des élèves brillants de l'enseignement collégial, sanctionnés par des rapports de stage.
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