La coopération autrement déclinée…
Quelles sont les priorités marocaines dans le domaine de la technologie, la recherche scientifique, la création économique et le développement? Telle est l'objectif de la mission d'exploration de l'envoyé scientifique américain Elias Zerhouni au Maroc et les autres pays du monde arabe.
«Notre visite vise à renforcer, les relations de coopération avec le Royaume en science, médecine, ingénierie et en technologie», précise l'émissaire américain lors d'une table ronde organisée à la villa Mirador à Casablanca. Une démarche en accord avec un nouveau programme que le président des Etats-Unis Barack Obama avait annoncé lors de son fameux discours du 4 juin 2009 à l'université du Caire. Rappelons-le, Obama avait plaidé pour un nouveau départ entre les Etats-Unis et l'Islam. «Le président avait une vue visionnaire afin de créer des rapprochements avec le monde arabe et identifier les priorités, les opportunités afin d'instaurer une coopération continue dans les domaines d'intérêt commun», annonce-t-il. Il a mis l'accent sur l'éducation. «La lutte contre l'analphabétisme est l'une de nos priorités», souligne l'émissaire américain. En ajoutant : «On va collaborer étroitement avec le ministère de l'Education nationale, pour consolider les efforts déployés pour développer le niveau de l'éducation. Et cela à tous les niveaux universitaire, secondaire et scolaire». Notamment, l'émissaire américain a recensé les priorités retenues du programme de coopération avec notre pays et les autres pays du monde arabe. «L'eau, sa qualité, sa quantité et les moyens de la préserver; la sécurité alimentaire; énergie et l'énergie alternative ; la santé et enfin la politique de science ‘Science Policy'», énumère-t-il. L'eau a été considérée comme une priorité majeure. Il y a de grandes terres désertes au monde arabe qui sont trop arides pour l'agriculture et l'habitation. Mais si on dispose d'outils technologiques, une ville peut surgir dans les endroits les plus désertiques. Quant à la sécurité alimentaire, l'envoyé spécial américain a précisé que ce problème n'a pas beaucoup d'importance au Maroc. «Le Maroc est moins concerné par la sécurité alimentaire», rappelle l'envoyé scientifique américain Elias Zerhouni. Il a plaidé également pour un renforcement de la coopération dans les domaines de la science et de la technologie en vue de créer plus d'opportunités d'emplois et favoriser le développement d'une économie de la connaissance. «Certes, la Maroc a progressé dans le domaine scientifique et technologique. Mais la recherche est encore embryonnaire par rapport à son état en Occident», souligne-t-il. Par ailleurs, il a rappelé, qu'il est opportun d'institutionnaliser la recherche dans le système de l'enseignement supérieure. «On doit adapter notre recherche à nos problèmes», suggère-t-il, en ajoutant que : «Le Maroc dispose d'un nombre considérable d'atouts. Il se distingue par le fait d'avoir signé des accords de libre échange avec les Etats-Unis et l'Europe. Et il est avantageux de les utiliser comme un atout stratégique de taille.» Cet avantage doit être préservé et consolidé par le biais de tisser des liens entre les sociétés des deux pays, une présence accrue des entreprises américaines au Maroc et une promotion des exportations des produits marocains vers les Etats-Unis. Pour sa part, l'ambassadeur des Etats-Unis au Royaume Samuel L. Kaplan a précisé que: «Notre pays entretient avec le Maroc des relations étroites depuis des siècles. Votre pays était le premier a reconnaître l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique en 1776». A noter que la délégation américaine ne comprend que des scientifiques. Pourquoi il n'y pas de sociologues, historiens, anthropologues ni aucun chercheur en sciences humaine ou sociale ?, s'interroge l'audience. L'envoyé spécial a précisé en guise de réponse que : «Tout est basé sur les études et les recherches des sciences sociales et humaines. Par ailleurs, la sécurité alimentaire, la santé se basent sur les études empiriques des sciences sociales». Cette mission d'exploration intervient dans le cadre où un nombre considérable de pays du monde doivent faire face à des problèmes cruciaux. Des problèmes d'envergure planétaire qui nécessitent une réaction commune. L'envoyé scientifique Elias Zerhouni n'est pas le seul mandataire de cette mission spéciale, d'autres scientifiques américains vont entamer des tournées dans des pays à majorité musulmane afin de dégager un rapport commun. A noter que ce rapport fera l'objet d'une boite à outils d'informations et de données pour élaborer une stratégie globale qui vise à accompagner ces pays sur le long chemin vers le développement.Portraits des émissaires américainsElias Zerhouni est professeur de radiologie et de génie biomédical à l'université Johns Hopkins du Maryland et chargé de recherche au programme de la santé mondiale de la Fondation Bill et Melinda Gates. À l'itinéraire de Zerhouni figurent, l'Algérie, le Maroc, la Libye, la Tunisie, l'Arabie saoudite, Abou Dhabi et le Qatar. Ahmed Zewail est l'un de ces émissaires. Il est professeur de chimie et de physique à l'Institut de Technologie de Californie (Caltech). Il se rendra également en Jordanie, au Liban et en Turquie où il aura avec des chefs d'État, de hauts responsables et des représentants des milieux scientifiques, éducatifs et commerciaux des entretiens axés sur la création de partenariats. Bruce Alberts est professeur émérite à l'université de Californie, où il enseigne dans le département de la biochimie et de la biophysique. De 2000 à 2005, il a coprésidé l'InterAcademy Council, comité consultatif d'Amsterdam gouverné par les présidents de 15 académies nationales des sciences.

