Opinion publique
LE Premier ministre s’est déplacé en personne pour ouvrir le séminaire professionnel sur la carte de la santé. On aura remarqué que Yasmina Baddou, l’énergique ministre de la Santé, fait partie des chevaux gagnants de l’Istiqlal et que c’était elle qui avait organisé le séminaire.
LE Premier ministre s’est déplacé en personne pour ouvrir le séminaire professionnel sur la carte de la santé. On aura remarqué que Yasmina Baddou, l’énergique ministre de la Santé, fait partie des chevaux gagnants de l’Istiqlal et que c’était elle qui avait organisé le séminaire. Pourquoi trois jours de séminaire, pourquoi tout le poids du Premier ministre dans cette carte sanitaire, qui n’est, après tout, qu’une organisation technique, ni plus ni moins compliquée que l’affectation des préfectures ou le tracé des routes? Dans le contexte propre à la Santé publique, toute l’importance stratégique était dans la publicité des travaux: mise sur la place publique, avec les professionnels pour en parler, l’organisation sanitaire devient une forme de bien commun des citoyens marocains: elle cesse d’être la propriété des fonctionnaires et des médecins. Elle arrive enfin sous les yeux du public, celui qui paye pour tout cela et qui doit en bénéficier.Nul n’a oublié le scandaleux refus de rejoindre leurs postes qu’avaient opposé quelques médecins, sous prétexte qu’en bonnes épouses, elles devaient être dispensées de rejoindre leur poste tout en conservant le salaire versé par la Santé publique. L’affrontement était l’épreuve de force signalant que l’Etat ne reculerait plus devant ceux de ses employés qui voulaient abuser de leur position. Et il fait bien de ne plus reculer. Deux chiffres pris entre des centaines d’autres montrent l’ampleur du désordre résultant de l’opacité sanitaire: à Rabat, un lit hospitalier pour 737 habitants; à Al Hoceima et dans toute sa région, un lit pour 2.328 personnes. On peut comprendre et admettre un certain écart, mais pas une différence de 300% entre une zone terriblement déshéritée et la confortable capitale politique. Y a-t-il meilleure stratégie pour réformer les mauvaises habitudes que d’en mettre les conséquences directement sous les yeux de l’opinion publique?Nadia SALAH © 2001 L'économiste - Réalisation : Lnet Multimedia

