Un Sommet inédit, un tournant historique
Le sommet Maroc-Union européenne, qui devra réunir, à Grenade, à partir de demain, les responsables marocains et les représentants de l'UE, est qualifié de "réunion décisive et sans précédent", lit-on sur le site de l'Union européenne.
En effet, les résultats de cette première réunion du genre sont très attendus. La présidence espagnole, par exemple, espère qu'avec ce sommet il y aura « un avant et un après » dans les relations avec le Maroc et qu'il servira de modèle pour toute la région. Car ce sommet est également le premier tenu entre l'UE et un pays tiers sous le traité de Lisbonne, le premier de l'Union avec un pays arabe et le premier de la présidence semestrielle espagnole. En plus de cela, l'importance du sommet saute aux yeux vu l'importance des délégations des deux partenaires. Le Maroc sera représenté par le Premier ministre, Abbas El Fassi, et les ministres des Affaires étrangères, de l'Economie et des Finances, de l'Agriculture et de la Pêche, de l'Education, de l'Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, et du Commerce extérieur. Pour représenter l'Europe, assisteront à ce sommet le président du gouvernement espagnol chargé de la présidence tournante de l'UE et hôte de l'événement, Luis Rodriguez Zapatero, le président permanent du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et celui de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, ainsi que le commissaire au commerce, Karen de Gucht et celui chargé de la politique de voisinage, Stefan Füle... L'une des priorités de ce sommet c'est la déclinaison du Statut avancé en actions concrètes. Le secrétaire général du ministère marocain des Affaires étrangères et de la coopération, Youssef Amrani, précise que plusieurs domaines concernent le Maroc dans le cadre de ce statut avancé. Dans ce cadre, souligne-t-il, ce statut permettra à l'économie marocaine d'intégrer graduellement le marché économique européen. Les deux partenaires, dit-il, réfléchissent à déterminer un calendrier d'action et les domaines prioritaires devant être intégrés dans le cadre de ce partenariat.C'est dire que la question du statut avancé passe dans ce contexte à une phase cruciale pour les deux partenaires. Si ce statut est à confiner avant tout en axes de renforcement de la coopération entre le Maroc et l'UE ils doivent être déclinés en objectifs clairs. Notamment rapprocher davantage les deux partenaires dans différents domaines (politique, économique, culturel et social) et supprimer toute forme de barrière aux échanges entre les deux parties. Dans ce cadre, beaucoup de responsables européens reconnaissent que le Maroc a réalisé, depuis le début de son association avec l'UE, des progrès dans plusieurs domaines, dont ceux du dialogue politique, de la réforme du système judiciaire, de la promotion des droits de la femme et des réformes économiques et commerciales... Ils estiment que le Maroc est le premier pays de la région à bénéficier de ce statut, ce qui le place dans une position d'avant-garde dans le cadre de la politique de voisinage, qualifiant de véritable saut qualitatif l'adoption en 2008 par le Conseil d'association de ce statut avancé. Le Maroc et l'UE sont, aujourd'hui, à travers ce sommet, dans une perspective de renforcement de leurs relations bilatérales. Selon le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de l'UE, Angel Lossada, secrétaire d'État aux Affaires étrangères espagnol, le sommet qui se tient ce week-end « a lieu suite à une progression toujours plus importante dans les relations entre l'UE et le Maroc, qui ont pris une nouvelle dimension il y a un peu plus d'un an avec la mise en place du statut avancé". Ce processus de rapprochement entre l'UE et Rabat a créé une dynamique de cercles vertueux, a indiqué Lossada, car le Maroc a déjà réalisé un effort de réformes majeures, auquel l'Union européenne répond en faisant de ce pays le plus grand bénéficiaire d'aide du programme de voisinage. C'est ce qui explique que les projecteurs soient braqués sur Grenade où se dérouleront, les 7 et 8 mars, les travaux de ce sommet. Il est à noter, par ailleurs, que ce sommet sera précédé ce samedi par une rencontre tout aussi importante entre les patrons marocains et européens. -----------------------------------------------------------------------------Questions à: Youssef Amrani • secrétaire général du ministère des Affaires étrangères. «Le Maroc a la volonté d'aller de l'avant»• Quelle est l'importance de ce sommet qui réunira, ce week-end à Grenade, les décideurs marocains et ceux de l'Union européenne ?Ce sommet est très important car c'est la première fois qu'un pays du Sud abrite un sommet avec l'Union européenne. Il vient après l'entrée officielle du traité de Lisbonne qui a introduit de nouveaux aménagements au niveau de l'UE. L'un des articles les plus importants de ce traité c'est que l'UE peut développer avec des pays de son voisinage des relations privilégiées en vue d'établir un espace de prospérité et de bon voisinage. Donc l'Union peut conclure des accords spécifiques et c'est dans ce cadre que s'insère le statut avancé. Alors que nous avions pensé à ce statut avant l'existence même du traité de Lisbonne. C'est en fait un cadre qui nous permet de développer des relations spécifiques privilégiées avec l'UE. Le sommet d'aujourd'hui intervient un an après l'adoption du statut avancé.• Justement, dans ce cadre, est-ce que vous pouvez déjà établir un bilan du statut avancé, un an après ?Le statut avancé agréé en octobre 2008 a inscrit le partenariat avec l'UE en tant que priorité. Il y a plusieurs choses qui ont été réalisées. Il y a eu le dialogue politique. Il y a le dialogue en lui-même. Il y a des concertations politiques avec l'UE sur des questions importantes. Que ce soit au niveau des ministères des Affaires étrangères, au niveau de la participation du Maroc au Comité politique européen et de sécurité (COPS). Il y a eu l'échange d'informations et d'analyses sur des questions extrêmement importantes… Sur le plan politique, il y a eu la mise en place de la commission parlementaire mixte entre le parlement marocain et le parlement européen… Sur le plan économique il y a des négociations qui sont en cours. Le Maroc a la volonté de s'arrimer à l'espace européen. En plus de cela, sur le plan géopolitique, il y a différentes priorités pour le Maroc. Tout d'abord le Maroc conforte une expérience pilote au niveau euroméditerranéen. Ensuite, l'objectif pour le Maroc c'est de participer à terme à l'espace économique européen. La tâche sera difficile c'est pourquoi il faudra travailler par priorités.Le Maroc a la volonté d'aller de l'avant et de s'ancrer à l'espace européen. La meilleure réponse c'est qu'il y a aujourd'hui un sommet avec la participation de tous les responsables européens, ce qui est une consécration du statut avancé. • Quelle est la feuille de route dans ce sens ?C'est un partenariat où on veut aller ensemble vers un objectif déterminé. Il s'agit d'abord de différents points sur le plan politique, la participation du Maroc au marché intérieur… et aussi parce que nous partageons des valeurs universelles et communes de démocratie… C'est un partenariat gagnant gagnant. Parmi les projections du statut avancé c'est d'arrimer physiquement le Maroc pour approcher de l'UE en matière de transport, recherche et développement, l'énergie… Ce que nous voulons, c'est un rapprochement séquencé et graduel avec l'UE.

