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La nomination de Jean-Pierre Chevènement est porteuse d’espoir pour les deux pays - Fait du jour - El Watan

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C’est par une simple dépêche de l’AFP, reprise par l’APS, que nous avons appris que Jean-Pierre Ch

C’est par une simple dépêche de l’AFP, reprise par l’APS, que nous avons appris que Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, «a été élu à la présidence de l’AFA(1), par son assemblée générale et son conseil d’administration» !

Accompagnée d’une brève biographie de cette personnalité, ce communiqué ne nous apprend pas grand-chose sur le programme et sur les voies et moyens retenus pour redynamiser les activités de l’association. Cette nomination met donc fin au mandat de Pierre Joxe (2) qui présidait aux destinées de cette association (Edmond Michelet a été son premier président, et qui a eu les plus grandes difficultés à reprendre langue dernièrement avec le «côté algérien» de l’association (c’était à l’époque
Hadj Yala, membre du BP du FLN et ministre de l’Intérieur, qui la coprésidait).

En effet, comme nous l’avions souligné(3) précédemment, Pierre Joxe n’avait pas réussi à convaincre ses nouveaux interlocuteurs de la nécessité de redynamiser l’AFA, puisque notre ambassadeur à Paris lui avait tenu un «discours irresponsable et gériatrique», lors d’une audience empreinte de sénilité et de rebuffades, et notre ex-ministre de l’Intérieur (NYZ) — devenu dans l’intervalle vice-Premier ministre sans pouvoirs — avait considéré, lors d’une entrevue à Alger, que la réactivation de l’association «n’était pas une priorité» !
Entre-temps, le voyageur de commerce(4), mais néanmoins ex-Premier ministre et dernièrement vice-président du Sénat, JP Raffarin, débarque en Algérie pour y «faire sa tournée des popotes». Après avoir été intronisé par JC Guéant (SG de l’Elysée) au poste de «Monsieur France en Algérie» et doté d’une «valise à malices», pleine de «projets mûrs» dans divers secteurs qui intéressent les entreprises françaises, selon ses propres déclarations, JP Raffarin est reçu, à Alger, par le ministre algérien de l’Industrie et des Participations, puis par le président de la République, qui lui accordera une audience (à quel titre ')…

Il inaugure ainsi une nouvelle ère des relations algéro-françaises, qui consiste à séparer les relations officielles conflictuelles dans plusieurs dossiers brûlants et contentieux (l’alignement sans réserve de la France sur les positions marocaines sur la décolonisation du Sahara occidental, l’intervention militaire directe en Libye, les désaccords sécuritaires dans la zone sensible sahélo-saharienne, la glorification du passé colonial et le problème des archives séquestrées, la remise en cause des accords bilatéraux issus de l’indépendance, le traitement réservé à notre émigration légale, l’implantation stratégique de Sonatrach sur le marché gazier français…) du reste des relations et, notamment, celles commerciales, afin de gérer des contrats juteux et douteux(5) à court terme, pour des intérêts individuels et restreints, des deux côtés de la Méditerranée, en lieu et place d’une politique de co-développement durable, à moyen et long termes, en direction des populations les plus larges de nos deux pays.


En effet, dans sa dernière interview accordée à une revue africaine, JP Raffarin «se félicite des perspectives ouvertes par cette nouvelle démarche et des relations tissées avec le ministre
Mohamed Benmeradi», qu’il qualifie, au passage, de «haut fonctionnaire»(6) ! Ce même ministre algérien, en visite officielle à Paris, a été mis en face d’un parterre… de chefs d’entreprise françaises (entre autres Sanofi, Total, Lafarge, Renault, Borolé…) organisé par UbiFrance(7), pour faire «avancer les négociations»(8), nous a-t-il déclaré. Pas de rencontres avec son homologue la ministre, Mme Lagarde, ni aucun autre ministre, comme l’auraient exigé les règles élémentaires de la diplomatie et de la réciprocité, et encore moins une «visite de courtoisie» au Premier ministre français, M. Fillon, comme le veut la tradition protocolaire (tout le monde aura remarqué que je n’évoque même pas une visite à l’Elysée !)
En d’autres termes, les intérêts économiques et financiers de notre pays sont gérés avec la France sans aucune incidence avec les autres volets de la coopération, et surtout sans vision et cohérence à moyen et long termes de notre côté. Peut-on sérieusement traiter séparément les problèmes idéologiques, géopolitiques, sécuritaires, économiques, sociaux et culturels entre deux pays ' D’où vient cette forme de relations et comment la justifier, tant au niveau bilatéral que multinational ' Qui a décidé de la mettre en
œuvre ' Quels sont ceux qui en tirent les dividendes ' Devrions-nous étendre cette pratique à tous les pays avec lesquels nous coopérons ' Autant de questions innocentes qui méritent bien un détour. 

La situation de nos relations devenant de plus en plus complexe, il paraît donc utile de clarifier les positions des uns et des autres, même si cet examen fait émerger des divergences, et tout le monde est conscient qu’il en existe beaucoup. Ce n’est certainement pas en les confinant dans un mode opératoire de «compartimentage» que nous allons apporter des solutions durables, bien au contraire ! Cette façon de procéder va générer des incompréhensions et des suspicions légitimes plus profondes dans les deux pays, qui vont ralentir, voire bloquer nos projets communs et donc, à terme, entrer en conflit ouvert. Déminer nos relations bilatérales et préparer le terrain aux futures générations de nos pays pour œuvrer à la construction d’un espace euro-méditerranéen stable et prospère, consolider nos relations bilatérales à travers la mise en œuvre d’une politique de co-développement dans la sous-région du Maghreb nous semble être le seul projet crédible et mobilisateur pour la prochaine décennie.  


Par ces temps de réappropriation par les masses populaires du Sud de la Méditerranée, de leur devenir et de leur dignité vis-à-vis de leurs dictatures respectives, la nomination de JP
Chevènement à la tête de l’AFA est particulièrement intéressante à plus d’un titre. En effet, son analyse(9) et la dignité de sa décision, pendant la première guerre du Golfe, l’ont qualifié pour créer, à travers l’AFA, une dynamique algéro-française, qui restituera à nos relations leur globalité nécessairement complexe et en proie à moult difficultés(10). Il devra être capable de développer des forces centripètes susceptibles de mobiliser nos jeunes générations sur des objectifs communs, mutuellement profitables à travers un grand dessein pour le Maghreb, loin des petits calculs politiciens factuels et des appétits voraces des minorités.
L’AFA devra conjuguer au quotidien le pragmatisme, le réalisme et la persévérance, pour maintenir le cap de l’espérance d’un avenir meilleur pour les populations des deux côtés de la Méditerranée. Trouvera-t-il l’écho nécessaire mais non suffisant en Algérie pour mener à bien sa mission ' Ou s’entendra-t-il dire, comme pour son prédécesseur, qu’«il ne s’agit pas d’une priorité !» ' Il est fort à craindre que dans l’état actuel du «wait and see politique» qui caractérise notre pays, les thuriféraires et autres laudateurs du moment lui fassent une promesse «boulitique» proche de celle réputée des Gascons. Nous le saurons d’ailleurs dès la désignation de son homologue algérien(11). Ce sera donc encore une occasion ratée qui se profile aux horizons algéro-français. Faut-il le déplorer et l’accepter '       

                                                                    
Dr Mourad Goumiri. Président de l’ASNA.
(Association des universitaires algériens pour la promotion des études de Sécurité nationale).

 

Notes de renvoi :

-1- Association France-Algérie, créée en 1963.
-2- On ne sait pas s’il reste membre de l’association.
-3- Voir notre article dans El Watan, du 25 novembre 2010.
-4- JP Raffarin (actuel sénateur de Vilaine et vice-président du Sénat) a débuté sa carrière comme commercial à l’entreprise Vabres (café).
-5- Dans l’histoire des relations commerciales algéro-françaises, de gros contrats ont servi à la distribution de commissions et de rétrocommissions, comme avec Bouygues (chemin de fer), Technip (raffineries),  Sanofi (médicaments).
-6- Il faut relier cette phrase à celle de l’ex-ministre français des Affaires étrangères, transfuge du PS et débarqué, M. Kouchner, qui déclarait, lors de sa dernière visite à Alger, que «l’amélioration des relations entre les deux pays nécessite la disparition de la génération de Novembre».
-7- UbiFrance est un EPIC (agence française pour le développement international des entreprises) sous tutelle du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, du secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur et de la direction du Trésor. Elle est dirigée par MM. Christophe Lecourtier (DG) et Mustapha Abdelaziz Belaouda (chef de cabinet).
-8- Il faut remarquer l’asymétrie ubuesque consistant à envoyer un ministre algérien négocier des contrats juteux avec des entreprises françaises à Paris (accompagnées d’un sénateur) en lieu et place des entrepreneurs algériens publics et privés.
-9- Il avait démissionné du poste de ministre de la Défense lors du déclenchement de la première guerre du Golfe, considérant cette guerre comme inique et contre les intérêts français dans la région.  
-10- Le ratage diplomatique français en Tunisie devait servir de leçon dans les attitudes à tenir dans la région.  
-11- Il est urgent de prendre son temps, telle sera la réponse du pouvoir actuel, et un «jeune gériatre» du sérail sera certainement désigné du côté algérien de l’AFA.  

Source: El Watan

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