Home | Culture | Cinéma | «Ibrahim Labyad», et d'amour et d'amertume

«Ibrahim Labyad», et d'amour et d'amertume

Font size: Decrease font Enlarge font

0

En fait, le réalisateur, Wahid Hamed, n'y va pas par quatre chemins. D'entrée de jeu, il place le spectateur en plein cœur d'une action dont le rythme montera crescendo pour atteindre son paroxysme. La scène de départ donne déjà, un avant-goût de ce à quoi le spectateur doit s'attendre. Une longue séquence, de violence et de brutalité, dans laquelle un petit garçon «Ibrahim» assiste, impuissant, à l'assassinat de son père par les sbires d'un despote qui règne en maître sur un quartier pauvre du Caire. Révélatrice, elle nous fait présager une histoire de vengeance où le sang coulera à flot. Toutefois, on est à cent lieues de penser que notre héros sera du même acabit que ses bourreaux et qu'il se transformera, à son tour, en bandit sans cœur. Déterminisme environnemental exige. Le petit garçon passera son enfance et sa jeunesse à courir et à jouer à cache à cache avec la police et avec les criminels des clans ennemis. Ce qui donnera lieu à des scènes d'action et de poursuites que le réalisateur a orchestrées avec un rare brio. Pour une fois, le cinéma égyptien parvient à convaincre les spectateurs des bagarres savamment exécutées par les acteurs. Le rythme du film est ainsi maintenu du début jusqu'à la fin. Pas de répit pour les héros et encore moins pour le spectateur. La férocité de Ibrahim (Ahmed Sakka) et de son ami Acher (Amr Waked) cadrent parfaitement avec les décors naturels des ruelles exigues du Caire. Loin des studios de production, les paysages inhospitaliers, que le réalisateur a dénichés pour le tournage de son film, sont érigés en champs de bataille où des têtes tombent alors que d'autres sont couronnées. Et c'est dans cet underground de la ville que Ibrahim fait la rencontre de personnages qui vont marquer son existence et déterminer sa vie. C'est, également, là que son destin lui fait croiser le chemin du vieux chef de gang «Zarzour» (Mahmoud Abdel Aziz), un oiseau rare dont le talon d'Achille est l'amour qu'il porte pour Hurya (Hend Sabry), une jeune fille qu'il a élevée. Cette belle mégère, que personne n'arrive à apprivoiser, n'est autre que la fille de l'homme qui a assassiné le père d'Ibrahim et qui, à son tour a été liquidé par ce dernier. L'inévitable arriva et le héros tombe amoureux de Hurya. Et c'est dans ce contexte que naquit une histoire d'amour impossible entre les deux personnages. Un air shakespearien souffle, de plein fouet, sur la trame du film. Liaison fatale et enjeux de pouvoir corsent l'action et compliquent les rapports entre les personnages. Tous autant qu'ils sont, ces personnages sont amers, violents et désabusés. La rudesse de la vie leur a appris à être méfiants et sur leur garde tout le temps. Composés avec le brio d'un connaisseur, ils traduisent parfaitement l'aigreur des petites gens oubliés par le système. Même le personnage principal n'échappe pas à cette règle. Il est ainsi érigé en anti héros puisque ne répondant pas aux critères du héros classique. Malgré tout, il reste attachant et réussit à gagner la sympathie du spectateur, vu que son personnage est nuancé. «Ibrahim Labyad», actuellement dans les salles de Casablanca (Lynx, Ritz et Rif) vaut vraiment le détour. Amateurs de films d'action, il est pour vous.Un virtuose du cinéma égyptienNé au Caire en 1977, Marwan Hamed, fils du scénariste et écrivain Waheed Hamed, est un réalisateur de cinéma égyptien. Il a étudié la réalisation à l'Institut du Cinéma du Caire jusqu'en 1999. Il débute au cinéma comme assistant réalisateur de plusieurs cinéastes égyptiens comme Sherif Arafa et Samir Seif. Après une soixantaine de films publicitaires, il réalise trois documentaires : « Le Caire », en 1997, « Fin du Monde » en 1998, et « Abu El Rish » en 1999. Il est aussi l'auteur de deux courts métrages de fiction : El Sheikh Sheikha en 1999, et Lilly en 2001. Ce dernier film lui vaut, en 2001, le prix du public au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand. Fort du succès de ce court métrage, adapté du roman éponyme, il signe en 2006 son premier film « L'Immeuble Yacoubian » adapté au cinéma du roman d'Alaa al-Aswani paru en 2002. Vite, il obtient la confiance de grandes stars mais aussi celle des producteurs. Il est aujourd'hui l'un des cinéastes égyptiens les plus en vue.

LE Matin

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Tags
No tags for this article